une approche humaine de la vie carcérale pour préparer l’après

patisserie bosca a gardanne

une approche humaine de la vie carcérale pour préparer l’après

1- Ce jour-là à l’atelier pâtisserie, Jean-Paul Bosca et ses élèves viennent de préparer des madeleines, croquants, navettes et palmiers. à la sortie du four, c’est un pur délice. 2- En pleine préparation d’une « charlotte-tiramisu », création originale pour laquelle les pâtissiers ont déjà confectionné le biscuit qui servira de base au gâteau. 3- Pour Jean-Paul Bosca, la transmission est un outil essentiel pour permettre à ses élèves, une fois dehors, de trouver le chemin de l’emploi. Photos S.G. L’utilisation de l’article, la reproduction, la diffusion est interdite – LMRS – (c) Copyright Journal La Marseillaise

Loin de la caricature du prisonnier se tournant les pouces, reportage dans une Maison d’arrêt de Luynes où la vie ne s’arrête pas. Ici, les détenus suivent des formations leur permettant de préparer leur sortie, dont une en pâtisserie.

Dans une maison d’arrêt, le temps se fige - on l’a constaté à Luynes. D’abord, on y entre sans téléphone - ce qui, quand on n’a pas de montre, impose de nous laisser porter par les minutes sans qu’on puisse les compter. A l’étage des détenus, pour passer une porte, il faut patienter jusqu’à ce que la suivante soit fermée. Derrière les barreaux qui laissent la lumière des néons s’engouffrer d’une pièce à l’autre, on attend. Et on observe : les va-et-vient des résidents encadrés par des gardiens dans les larges espaces bétonnés, les voix dont les échos s’entrechoquent.

Le bruit est écrasant. « On ne s’y attend pas, la première fois qu’on entre dans une Maison d’arrêt », confirme Dominique Satabin, de l’association Préface (voir ci-contre) qui intervient au quotidien auprès des détenus, « mais le bruit est incessant! C’est un lieu plein de vie ». Une porte se ferme, une autre s’ouvre, un couloir, encore une porte, du bruit, quelques minutes (combien ?) d’attente et on y est : l’atelier de formation animé par le pâtissier Jean-Paul Bosca.

L’endroit est petit, mais hyper fonctionnel. Un grand plan de travail au milieu, regorge de madeleines, croquants, navettes, réalisés le matin-même. Le chef, au moment de notre arrivée, apprend à ses élèves à réaliser le biscuit qui servira de base à sa recette de charlotte. Loin d’être une activité récréative offerte aux prisonniers, ils participent, pendant 3 mois, à une formation pré-qualifiante qui leur permettra de se voir faciliter l’accès à un CAP.

Pour Jean-Paul Bosca, « tous sortiront d’ici un jour. Et ce jour-là, s’ils n’ont pas de formation, ils courent le risque de redevenir comme avant ». Pour éviter cet avant, on prépare donc l’après. Dans les formations jardins et espaces verts, bâtiment, pâtisserie etc, on permet aux détenus de se paver un chemin vers l’emploi. D’ailleurs, la pièce où s’est installée l’atelier, a été construite par des détenus, dans le cadre de la formation en bâtiment.

jean paul bosca patissier gardanne

Donner du temps

« J’ai choisi ces cours parce que j’avais besoin de m’occuper. Mais grâce à ça, j’ai envie d’avoir un projet, pourquoi pas ma propre pâtisserie? » témoigne un élève, Pour un autre, la reconversion est totale : « J’ai déjà un diplôme de soudeur. Alors je ne sais pas encore quel métier j’aurai envie de faire dehors. Mais au moins, j’apprends quelque chose! » « C’est à nous, qui sommes reconnus et qualifiés, de donner du temps pour que les choses avancent. Mon parcours va leur donner de la crédibilité » explique Jean-Paul Bosca, professeur en Greta, membre du « club des sucrés ». « En me consacrant à cette formation, je gagne 2 ou 3 fois moins que ce que je pourrais gagner ailleurs. Mais je ne fais pas ça pour l’argent ! Je le fais pour faire tourner la roue en sens inverse ». Son discours ne laisse pas insensibles les principaux intéressés : « Cet atelier, c’est un espace de liberté. Quand on vient, on a l’impression de sortir de prison. On a de vrais rapports humains » confirme l’un d’eux.

Entre les activités sportives, culturelles, les petits boulots intra-muros et les formations, les prisonniers n’ont pas le temps de se tourner les pouces, certes. Mais quelle que soit la durée de séjour, il ne s’agirait pas non plus, de croire que l’enfermement, c’est du gâteau… D’autant plus dans une maison d’arrêt en proie, comme toutes les autres, à la surpopulation (970 détenus pour 668 places). Mais « ce sont des êtres humains, qu’on nous confie » rappelle le directeur de l’établissement, Franck Linares, « nous devons faire en sorte que le temps passé ici soit constructif ». C’est aussi simple, et aussi humain, que cela.

Sabrina Guintini